Maintenant je me rappelle. Je me rappelle de cette histoire que nous
racontait notre mère quand j'étais avec mes frères. C'était l'histoire d'une hirondelle. Très petite. Très délicate. Comme moi, elle voulait voyager et admirer les choses belles de ce monde. Mais
la pauvre petite était si gracile et faible qu'elle ne parvenait pas à s'envoler. Elle restait comme collée à sa branche sans pouvoir réaliser son rêve, le rêve que hantait ses nuits et rythmait
ses jours, le rêve de sa vie. Les autres oiseaux se moquaient d'elle, pauvre petite hirondelle. Eux volaient. Elle rêvait. Eux s'en allaient. Elle restait. Pauvre petite hirondelle... Mais
un jour, à force de persévérance, courage et volonté, elle se jeta dans la vide, ses ailes se déplièrent et elle s'envola. Aujourd'hui, on dit qu'elle voyage toujours à travers le monde,
remplissant son coeur de saveurs, parfums, sons et souvenirs uniques et inoubliables. On raconte aussi qu'elle connaît déjà tant de choses et qu'elle est maintenant si vieille qu'elle n'a plus
qu'un souhait avant d'effectuer son tout dernier voyage : voler parmis les étoiles.
Mes frères ont toujours dit que cette histoire était stupide et que je l'étais encore plus parce que je pensais que c'était possible. Une hirondelle de pouvait pas vivre tant de
temps, personne ne pouvait avoir voyagé autant ni connaître tant de choses : c'était juste une histoire stupide pour petites filles romantiques et rêveuses comme moi. Mais moi... moi je voulais
croire en l'aventure de cette petite hirondelle, moi je voulais être cette petite hirondelle parce que elle avait tout compris : avec de la volonté et de l'amour, on peut réaliser tous nos rêves,
absolument tous. Moi je voulais êtres cette petite hirondelle parce qu'elle avait réussi. Elle avait réussi à accomplir son rêve, son souhait le plus précieux et le mien. Voler. Aimer.
Ressentir... Vivre.
Quand j'étais dans le nid familial, je me plaisais à l'imaginer, volant parmis les étoiles, après une vie passionante, belle et sienne. Oui, sienne parce qu'elle avait réussi à faire
ce qu'elle voulait, sans se préocupper des autres ; moqueurs et médisants, que lui prédisaient un avenir funeste et malheureux.
Moi aussi je voulais être heureuse, m'évader et admirer, m'envoler et savourer. La nuit, je rêvais de neiges éternelles, oasis fraîches parmis les dunes de sables, falaises abruptes
et sauvages... Ma vie était un rêve, mais un rêve qui se réaliserait. Je le sentais. Je voulais m'en aller, m'évader, laisser mes parents mais patience, patience... J'en avais marre d'attendre !
Attendre... toujours attendre... Mais j'attendais, chaque fois plus sûre de moi, chaque fois plus impatiente. Parce que je savais, je savais que je réussirai à être cette petite hirondelle. Je
savais que je pourrais voyager, voler, aimer...
Aujourd'hui. Je le sens. Aujourd'hui. Jour J. Fin du rêve : réalité. Je vais toucher, je vais sentir, je vais entendre... Je vais vivre !
Le vent souffle. Le soleil brille.
Envol.
"Tu l'a tuée !
- Tu crois ?
- Oui ! Je l'ai vue tomber par terre. Viens ! On va la chercher.
- Non... C'est pas important...
- Bien sûr que si que c'est important ! Viens !
- Non.
- Mais... tu pourras la montrer aux autres...
- Non.
- Mais... Pourquoi ?
- J'en ai déjà huit dans mon sac.
- Mais... celle-là avait l'air... je sais pas... différente.
- Putain... C'est juste une putain d'hirondelle !!! On y va maintenant.
- Mais... Et l'hirondelle ?
- Ta gueule ! On y va maintenant !"
Je voulais juste voler... J'aurais juste aimer voler...
Fin du rêve.
Le vent soufflait. Le soleil brillait.
Et sur le sol, une petite hirondelle. Morte.